La plupart des blessures qui ne viennent pas d'un choc viennent d'une montée de charge trop rapide. Ce n'est pas la charge elle-même qui blesse : c'est la différence entre ce que l'athlète a fait cette semaine et ce à quoi son corps est habitué. C'est précisément ce qu'un suivi de charge bien construit met sous les yeux, chaque semaine, en trente secondes.
La charge d'une séance : durée × intensité ressentie
La méthode la plus robuste pour un éducateur sans matériel est celle de l'effort perçu : à la fin de la séance, l'athlète donne une note de 1 à 10 (le RPE, rating of perceived exertion). On la multiplie par la durée en minutes. Une séance d'une heure notée 6 vaut 360 unités. C'est tout.
Cette mesure a deux qualités : elle marche pour tous les sports, et elle intègre ce que la montre ne voit pas — la fatigue accumulée, le sommeil de la veille, le stress d'un examen.
La charge de la semaine, et celle des quatre dernières
On additionne les séances de la semaine : c'est la charge aiguë. On fait la moyenne des quatre dernières semaines : c'est la charge chronique, ce à quoi l'athlète est habitué. Le rapport entre les deux — le ratio aigu/chronique — est l'indicateur que vous regardez.
| Ratio aigu/chronique | Lecture | Décision |
|---|---|---|
| Inférieur à 0,8 | Sous-charge, désentraînement possible | Vérifier qu'elle est voulue (récupération, blessure) |
| 0,8 à 1,3 | Zone de progression habituelle | Rien à changer |
| Supérieur à 1,5 | Montée trop rapide | Alerte : réduire la semaine suivante |
Ces seuils viennent de la littérature sur les sports collectifs et l'endurance. Ils ne sont pas une loi : c'est à vous de les ajuster à votre discipline et à vos athlètes. L'important est d'avoir un seuil, et qu'il déclenche quelque chose.
Pourquoi le tableur ne suffit plus
Tout cela tient dans un tableur. Le problème n'est pas le calcul, c'est le quotidien : dix athlètes, trois séances par semaine, une colonne par semaine, et au bout de deux mois plus personne ne saisit. Ce qu'il faut, c'est un écran où l'athlète (ou vous) entre deux chiffres après la séance, et où l'alerte apparaît toute seule.
La spécification, en huit lignes
Utilisateur : l'éducateur, sur son ordinateur ; les athlètes saisissent sur son écran ou lui envoient leur RPE.
Données saisies : athlète, date, durée (min), RPE (1–10), type de séance.
Calculs : charge séance = durée × RPE ; charge hebdomadaire ; moyenne des 4 dernières semaines ; ratio aigu/chronique.
Alerte : ratio > 1,5 ou < 0,8, seuils modifiables.
Écrans : saisie rapide ; courbe par athlète (12 semaines) ; vue groupe de la semaine avec les alertes en couleur.
Export : tableur, une ligne par séance.
Contraintes : fichier unique, hors connexion, données sur la machine de l'éducateur, aucune donnée médicale.
Hors périmètre : fréquence cardiaque, GPS, planification.
C'est ce type de document — développé en huit sections, avec vos règles à vous — que les stagiaires écrivent le premier jour de la formation, et qu'ils donnent à l'IA le second. Le suivi de charge est d'ailleurs l'outil le plus souvent choisi, parce qu'il respecte la règle : une donnée, une décision, un utilisateur.
Ce qu'il ne faut pas y mettre
Pas de données de santé. Une blessure est une donnée de santé ; « en reprise, étape 2 sur 5 » n'en est pas une. Pas de nom complet si vous pouvez l'éviter chez des mineurs. Et surtout : les données réelles vont dans l'outil, sur votre machine — jamais dans la conversation avec l'IA qui l'a fabriqué. L'article sur les données des athlètes détaille pourquoi.